Hommage tribal

cbLa cache Christophe Boltanski
2015 Stock ❤️❤️❤️❤️♥︎

Plongez avec Christophe Boltanski dans son repère familial de la rue de Grenelle, vous ne serez pas déçus ! Une galerie d’intellectuels loufoques et névrosés mais tellement sympathiques. Ce premier roman (prix Fémina 2015) nous compte l’histoire ou plutôt la légende des Boltanski.

Tout d’abord Mère-Grand, comme elle aime se faire appeler, est la figure centrale (un régal pour psychanalyste). Totalement fantasque, atteinte de la polio, elle refuse toute aide qui la cataloguerait comme handicapée. Elle ne se laisse jamais aller. Écrivain engagée, communiste et voyageuse, change souvent de nom selon ses activités. Toute la tribu dort et pique-nique au pied de son lit. Le Grand-père plus effacé, brillant médecin à l’écoute des patients mais qui ne supporte pas la vue du sang. Puis les enfants, éduqués par des répétiteurs, qui développent une créativité et une vie intérieure très riches. Enfin les petits enfants et surtout Christophe, l’auteur. La lignée paternelle est russe et juive. La maison, la voiture et surtout la famille sont les remparts contre le monde extérieur. Le récit mélange toutes les époques sur 4 générations avec en point d’orgue les 2 guerres mondiales.

J’ai dévoré ce livre en un week-end. Quel héritage ! Le travail de Christian Boltanski (oncle de l’auteur) s’inscrit bien dans cette lignée.

 

Lumineux

9782757834350Rêves oubliés Léonor de Récondo
Sabine Wespieser 2012  ❤️❤️❤️❤️♥︎

Léonor de Récondo nous fait partager l’intimité d’une famille de réfugiés espagnols. En 1936, la guerre civile les pousse à l’exil, seul moyen de rester en vie. Le récit est ponctué par les pensées intimes du journal d’Anna, femme et mère. Une histoire tendre, pleine de sentiments délicats, pudique et poétique. Comme un talisman ou une formule magique, leur amour les aide à affronter la seconde guerre mondiale, la pauvreté et surtout l’exil.

« Je ressens une blessure vive, une blessure de chair indescriptible, l’amour d’une terre, de ses odeurs, de ses rires, de sa langue que je perds irrémédiablement. J’y laisse mon insouciance, une légèreté de l’âme qui depuis trois ans s’est plombée de silence et de faux espoirs….Nous avons réussi à sauvegarder l’essentiel: l’amour et la confiance qui nous lient les uns aux autres. »

Un polar au far-west

little bird_Little Bird Craig Johnson  Gallmeister  2009 ❤️❤️❤️♥︎♥︎

Fan de romans « Far-West » surtout sur les Américains natifs, j’ai bien aimé ce polar. Des personnages attachants et fins, de la sensibilité et beaucoup d’humour. Des lieux qui font rêver : les Big Horn Mountains. Le bémol : c’est lent, lent et la multitude de personnages fait perdre le fil du récit. Bon, la fin est vraiment bien.

En attendant le Drame

Le livre des Baltimore Joël Dicker
ed. de Fallois 2015 ❤️❤️❤️♥︎♥︎ 

Lecture facile pour ce « page-turner » qui met en scène une famille américaine. Un panel  complet de la société actuelle: avocat, médecin, entrepreneur, financier, étudiants, plus un écrivain, une musicienne et un sportif célèbre.

Comme dans ses précédents romans, le personnage de l’écrivain est mis en abyme. J’ai beaucoup aimé les protagonistes de cette saga, surtout quand ils sont enfants, chacun ayant une personnalité différente. Les liens familiaux et amicaux sont beaux, forts et originaux. L’amitié entre trois enfants si différents et si complémentaires fait rêver. Le récit des relations amoureuses des personnages est moins convainquant…

Mais comme les changements spatio-temporels sont fatigants ! Trop fréquents, mal articulés, ils rendent la lecture moins fluide. Le rappel pendant presque 500 pages que le Drame va arriver est pesant voir irritant. Surtout que le récit aurait gagné à être plus concis. Et quand le Drame survient, il est peu crédible. Dommage car quand Marcus (l’écrivain) réexamine toute l’histoire à la lueur des nouveaux témoignages et des révélations de ses proches, il s’aperçoit que les apparences sont souvent trompeuses et la jalousie mauvaise conseillère. L’idée était très intéressante mais les ficelles trop grosses.

 

De la nature des hommes.

                                                     

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Le dernier arbre  Tim Gautreaux  
Seuil 2013 ❤️❤️❤️❤️♥︎

Que nous sommes loin de l’image transcendantaliste du XIXe chère à Emerson ou à Whitman (bonté inhérente de l’homme et de la nature)! Tim Gautreaux nous entraîne au fond de la Louisiane en 1920 où des hommes tentent de vivre, forçats d’une société qui s’emballe au nom du progrès et de l’industrialisation.
Dans une nature quotidiennement hostile, humide et infestée de nuisibles, deux frères bien différents tentent de faire régner l’ordre et la justice dans une scierie.

Le premier, brisé par la 1ere guerre mondiale règle les problèmes à coups de revolver, d’alcool et de musique. Le second, en arrivant, croit encore en l’homme et en la justice. Une atmosphère de bout du monde et de fin du monde plane sur la concession car le dernier arbre abattu signera la fin de l’entreprise. Les hommes durs de ce microcosme n’ont rien à attendre de la vie et la violence se déchaîne chaque semaine au saloon tenus par des mafieux.

Le dernier arbre est un grand roman américain : des trains comme unique lien, des shérifs, des Winchesters, des bastringues et du racisme. La violence éclabousse le récit à la manière d’un Tarantino . Les hommes tombent comme les arbres. Heureusement certains personnages sont d’une humanité salvatrice. Mais que faire face à la violence ? L’amitié, la famille, la loyauté, la fraternité sont peut-être des réponses.

Rassurez-vous la lumière perce tout de même à travers les bois et Tim Gautreaux aime ses beaux personnages !

(p. 398) « Debout sur le marchepied, Randolph se penchait à l’extérieur, se rappelant le paysage invisible, les troncs envahis de mousse s’élevant au dessus d’un tapis flottant de lentilles d’eau, le marais infesté de reptiles qui lui faisait encore dresser les cheveux sur la tête s’il y pensait trop longtemps. Il se demanda si cette géographie hérissée de multiples crocs mortels avait déteint sur ses habitants, si elle les avait fait régresser au rang des prédateurs primitifs. L’avait-elle changé, lui aussi ? »

Un peu tiède

IMG_0282Juliette dans son bain  Metin Arditi
Grasset 2015 ❤️❤️♥︎♥︎♥︎

Le début de ce roman m’a enthousiasmé. On retrouve la force de l’écriture de Métin Arditi et le thème de l’art. Mais ce n’est qu’un prétexte et la suite est moins réussie.

Un riche mécène self-made-man  voit sa vie basculer quand sa fille se fait enlever. Le roman oscille ensuite entre polar et réflexions sur la richesse, la réussite et les médias. Ronald Kandiotis considéré comme un homme discret, humble, généreux et respecté devient  suspect. Les recoins de son passé sont dévoilés dans les lettres dénonciatrices des ravisseurs.  Les feux de l’actualité le dépeignent comme un être égoïste, calculateur et destructeur. Mais qui est le vrai « Ronny » et pourquoi ?

On se perd sans cesse dans le récit de sa vie et le dénouement n’est pas très excitant. Donc un sentiment mitigé. Par contre ne pas passer à côté de la fille des Louganis du même auteur.

(p17) « Ronny s’était arrêté devant Le Bain turc, décontenancé, le coeur hésitant entre bonheur et tristesse…Durant un instant, il avait eu la certitude de respirer du Joy, le parfum que portait toujours sa mère, un extrait de jasmin capiteux dont elle prononçait le nom avec un tremblement dans la voix. »

(p.41)  « -Je suis veuf et usé. A part mon nez, je ne vois pas ce que j’ai de bien. Elle avait ri :                       -Votre nez pour les affaires ? -Non, voyons! Mon nez au milieu du visage. Vous ne le trouvez pas merveilleux ? […] Elle s’était dit à cet instant qu’il était laid, mais qu’il y avait beaucoup de « mais »…Laid mais riche. Laid mais brillant. Laid mai galant. Laid mais laid, c’est-à-dire fidèle, un homme qui serait content d’être accompagné par une femme comme elle… »

Séduite par le titre

l-amie-prodigieuse-713457-621x1024L’amie prodigieuse Elena Ferrante
Gallimard 2014 ❤️❤️♥︎♥︎♥︎

Naples, années 50, deux petites filles se lient d’amitié. Lila est belle, surdouée et décidée. Elena la narratrice, moins jolie, moins intelligente, n’existe que sous le regard de son amie et se sent toujours inférieure à elle.
J’ai trouvé ce roman sombre, étouffant, violent et long. Les personnages sont tous englués dans un quartier miséreux, à l’écart du reste de la ville.
L’auteur nous décrit une époque sombre, pleine de règlements de comptes, de calomnies et de jalousies.
Les deux filles vont utiliser le savoir et la beauté pour tenter de s’en sortir. Le livre (Tome 1) s’achève quand elles ont 15-16 ans. Les personnages un peu positifs m’ont manqués ! Je ne sais pas si je vais tenter le tome 2.

Perdue en chemin

nos-vies-insoupconnees-de-anaisNos vies insoupçonnées   
Anaïs Jeanneret

Albin Michel 2016 ❤️❤️♥︎♥︎♥︎

Un roman qui commence comme un recueil de nouvelles, chaque chapitre racontant une histoire différente. Les personnages vont se croiser ensuite au fil des pages. J’ai eu beaucoup de mal avec cette construction narrative : impossible de m’y retrouver, pas assez de temps pour entrer dans l’intimité de ces vies. Trop de protagonistes. Certains sont  attachants d’autres beaucoup moins. Un livre inégal mais de belles réflexions  sur le chagrin et la douleur.

« Le chagrin s’apprivoise. J’ai appris cela il y a bien longtemps. D’abord il submerge tout, on se noie, c’est une mer salée, doucereuse, si lourde, inerte en surface, laborieuse juste en dessous, une mer qui vous retourne en tout sens, qui vous aspire sans cesse, toujours plus profondément. Si loin de la vie. On découvre une autre dimension où chaque matin est un siècle, chaque nuit un gouffre. On croit qu’on n’y survivra pas tant le vertige est vaste..Il faut attendre, laisser passer la vague. Ne pas penser. Juste respirer encore, souffle après souffle. Tenir minute après minute. Et puis un jour le chagrin se transforme. On s’en aperçoit par hasard, au détour d’un sourire échangé à la terrasse d’un café… »

« Je n’ai jamais eu besoin d’aller m’allonger sur un divan pour reconnaître les séquelles de mon enfance solitaire. Si j’ai réussi à grandir à peu près droit et à tenir la douleur en respect, c’est en me rappelant de ne rien attendre de personne. J’ai appris à tourner la douleur en dynamique. J’ai appris à transformer le manque en liberté. Je me suis construite ainsi. En déséquilibre. Mais forte. »

Le goût des mots

41v-WpXG5UL._SX210_L’art presque perdu de ne rien faire  Dany Laferrière  
Grasset 2014 ❤️❤️♥︎♥︎♥︎

« C’est un goût étrange que celui des mots, pas si différent d’un fruit mur, du poisson frais ou même d’un baiser sous la pluie. Je me rappelle, ce premier jour où je fus laisser seul avec un livre, avoir vu se rassembler sous mes yeux éblouis des lettres qui allaient devenir dans ma bouche un son unique. Rien n’est plus abstrait qu’une lettre, mais rien n’est plus concret qu’un mot. »

Paradoxalement, j’ai adoré certains passages de ce livre (sur la lecture ou le café) mais de nombreuses pages m’ont ennuyée. Les reflexions de l’auteur se suivent sans construction ni logique : difficile de fixer son attention.
Néanmoins les images qui naissent sont belles et fraîches. A picorer donc…