Délicat

XVMacc6bdbc-4410-11e9-8595-6818f33e116a-250x402Les gratitudes
Delphine de Vigan 
JC Lattès 2019
❤️❤️❤️♥︎♥︎

Un petit roman plein de grâce, délicat comme le coquelicot de sa couverture. Une chaîne d’humains qui ont reçus et donnent à leur tour.

Dans une maison de retraite, Michka, sauvée pendant la seconde guerre mondiale par des anonymes perd peu à peu les mots. Marie, sa voisine qui, enfant, venait se réfugier chez elle a tissé un lien particulier avec cette grand-mère. Et Jérôme, l’orthophoniste, très touché par sa patiente et son histoire fait son possible et plus pour l’aider.

Quand la vieille dame perd ses mots, elle les remplace par d’autres. Delphine de Vigan peut ainsi jouer avec les mots et les sonorités, un rêve pour un écrivain ! C’est une des raisons de la grâce de se livre. A chaque page, une association surprenante et poétique mais qui peut agacer car c’est un peu répétitif. Un livre sous forme de dialogues qui réussit à reste léger mais beaucoup moins consistant que « rien ne s’oppose à la nuit »

 

Coup de poing, coup de coeur

MSTu t’appelais Maria Schneider
Vanessa Schneider  
Grasset 2018
❤️❤️❤️❤️♥︎

Tout le monde a entendu parler ou vu le sulfureux film Le dernier tango à Paris mais qui sait ce qu’est devenu l’actrice principale Maria Schneider ? Vanessa Schneider nous raconte l’histoire de sa cousine. J’ai dévoré ce livre. Impossible de le cataloguer dans un genre littéraire et tant mieux ! Roman, biographie, autobiographie, évocation…? J’ai aimé le » tu » que l’auteur emploie pour s’adresser à l’actrice défunte, les précautions qu’elle prend pour ne pas trahir sa volonté présumée. Un exercice délicat, respectueux.

 

Des femmes…

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Alto Braco
Vanessa Bamberger 
Ed. Liana Levi 2018
❤️❤️❤️❤️♥︎

Un petit article dans Elle, un dernier exemplaire en vitrine chez une libraire qui l’a beaucoup aimé, une belle photo de la romancière et un titre intrigant : Alto Braco. C’est parti pour un très bon moment de lecture. Il est devenu tellement difficile de trouver un bon roman qui ne soit pas dur, déchirant ou violent !

Alto Braco est une histoire de femmes, une histoire familiale inspirée par celle de l’auteure. C’est aussi l’histoire d’une région bien particulière, l’Aubrac. Les personnages sont beaux, Douce, Brune et Granita, qui doivent prendre leur vie en main. Les paysages et les sensations qu’ils font naître m’ont embarqué. J’ai beaucoup aimé la délicatesse qui se dégage de ce récit. Aucun temps mort dans cette histoire, j’ai découvert les enjeux de l’élevage bovin, l’histoire des bougnats, salivé à la description des plats régionaux.

Si en refermant ce livre, vous avez des idées d’escapades, vous n’êtes pas les seuls !

Hauts de coeur dans les bas-fonds

paname_Paname Underground
Zarca 
Ed. Goutte d’Or 2017
❤️❤️❤️♥︎♥︎
Intriguée par la combinaison : Prix de Flore/Argot/Dérives en tout genre, j’ai tenté cette lecture corrosive.
Pas toujours simple à déchiffrer tant la langue est actuelle et argotique.
Zarca nous ballade dans un Paris inconnu, dans les quartiers et les endroits sombres , de la défonce, du sexe et des marginaux. Quand l’âme soeur de l’auteur meurt d’une overdose suspecte, la violence se déchaine et le rythme s’accélère.
Allez, on s’accroche car c’est très glauque mais le voyage est unique, très vraisemblable, sûrement autobiographique et très instructif.

Feel-less good 2

lesupremesLes suprêmes chantent le blues
Edward Kelsey Moore
Actes Sud 2018 ❤️❤️♥︎♥︎♥︎

Quelle déception ! La magie n’opère plus autant. On se perd dans les retours en arrière et les personnages. Le comique se fait plus discret et laisse la place au tragique. C’est dommage.            

Feel-good book

Les-supremesLes suprêmes  Edward Kelsey Moore
Actes Sud 2015  ❤️❤️❤️❤️♥︎

Pourquoi on aime ce livre ? Parcequ’on aimerait faire partie de la bande ! 3 femmes, 2 époques et l’Amérique profonde des années 60 et d’aujourd’hui.
Ces trois amies depuis le lycée sont tellement attachantes, humaines et originales avec leurs forces et leurs failles ! Les scènes cocasses sont originales : Odette la rondelette qui enlève sa robe lamée pour menacer d’une correction le sale beau-père de sa jeune amie. Ou encore le mariage du siècle qui tourne au fiasco général. Les sujets profonds sont abordés avec naturel : le racisme, l’alcoolisme, l’infidélité, la mort. Les nuages sont vite chassés par l’humour. Bravo à l’auteur masculin pour toute cette empathie. Le tome 2 est sorti, quelle chance, juste à point pour l’été.

Dégoût salé

Les-garcons-de-lete_1696Les garçons de l’été  Rebecca Lighieri
P.O.L. éditeur 2017 ❤️♥︎♥︎♥︎♥︎

Il est des livres vénéneux qu’on a du mal à lire mais dont on se souviendra toujours. Tragiques et sombres comme les chutes de Joyce Carol Oates ou Beloved de Toni Morisson. ce n’est pas le cas pour ce roman. Etonnamment je n’ai lu que des critiques positives et pourtant personne n’a aimé autour de moi.

Le Pitch : Une famille classique, 3 enfants dont 2 beaux surfeurs et 1 petite soeur un peu étrange. La mère aime aveuglement son fils aîné, le père, plus lucide, a trouvé son équilibre entre femme et maîtresse. Bref un tableau conventionnel qui va voler en éclats. Le récit alterne les sessions de surf et les pensées déviantes du fils. Le vocabulaire est très cru, le sexe malsain. Les personnages ne sont pas très intéressants, monolithiques, on reste en surface. Certaines idées (comme celle de la vengeance) ne tiennent pas la route. Bref je n’ai pas aimé, si, tout de même, la couverture de l’édition folio, dessinée par mon chéri !

Un certain ennuie

PIUn certain M. Piekielny François-Henri Désérable     Gallimard-2017 ❤️❤️♥︎♥︎♥︎

Le personnage de Romain Gary/Emile Ajar est à lui seul tellement incroyable qu’il aurait suffit à alimenter une bio romancée. Mais l’auteur prend comme point de départ pour son roman une phrase de la promesse de l’aube. Il part à la recherche d’un personnage : Mr Piekelny. Ce dernier aurait demandé à Gary enfant de parler de lui aux puissants qu’il croisera. Ce vieux juif de Vilnius était persuadé que l’enfant aurait une vie merveilleuse contrairement à lui, anonyme parmi tant d’autres. Le roman alterne les pages de recherches sur Piekelny et sur la vie de Gary, et notamment les scènes où il glisse à l’oreille des célébrités toujours la même phrase sur son ancien voisin.

Le lecteur ne sait plus, au même titre que l’auteur-enquêteur, ce qui est du domaine de la réalité ou de l’invention. En fait le thème principal de ce roman est la vérité dans une oeuvre littéraire. Auteur de la plus belle escroquerie littéraire, Gary a reçu deux prix Goncourt sous deux noms différents, fait de sa vie un roman, et trompé les éditeurs, les critiques et les lecteurs. Même si l’exercice est bien réalisé, souvent avec humour, je me suis ennuyée à la lecture des hypothèses de vie et de mort de ce vieux juif pendant la seconde guerre mondiale. Par contre cela m’a donné envie de lire une vrai bio.

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Désert à mort

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Comment Baptiste est mort   Alain Blotttière 
Gallimard 2016 ❤️❤️❤️❤️♥︎

Une famille est enlevée par des Djihadistes dans le désert. Le lecteur rentre peu à peu dans ce roman (basé sur une histoire vraie). Deux points de vue alternent au gré des chapitres. Celui d’ un narrateur omniscient et celui de Baptiste, un des enfants,  qui répond avec réticence aux questions d’un psy.   L’écriture est sobre, économe et concise. A l’extrême et sans ponctuation quand le garçon essaye de mettre des mots sur son vécu. Mais aussi belle, envoutante et poétique quand elle raconte le désert.

J’ai beaucoup aimé ce livre très fort, délicat, absolument pas manichéen. Il ne sombre jamais dans le voyeurisme et l’horreur. Il réussit à glisser de la poésie au milieu d’une histoire sanglante. L’embrigadement et la violence psychologique, très bien abordés.

Mal-être autocentré

 

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Mémoire de fille  Annie Ernaux     
Gallimard 2016 ❤️♥︎♥︎♥︎♥︎

Annie Ernaux revient sur une période de sa vie fondatrice et traumatisante. Elle nous fait  part de sa difficulté à l’analyser, à y mettre des mots. Souvent approchée et envisagée, elle n’avait pas jusqu’alors réussit à en faire une oeuvre littéraire. Elle y réussit en se dissociant. Elle utilise le « je » pour la femme qu’elle est devenue et le « elle » pour l’Annie D. de 1958.

La découverte brutale du désir et d’un monde cruel et libéré lui fait perdre son identité et son innocence. Elle ne se remet pas du traumatisme de sa première relation sexuelle. S’ensuivent 4 années de désordres: sentimentaux, alimentaires, relationnels et physiques. Elle se sent en inadéquation totale partout où elle se trouve.

L’auteur se livre à une analyse détaillée d’elle-même qui je l’espère lui aura fait du bien! Pour moi cette lecture est synonyme de malaise. Peu d’indulgence et de sentiments, une analyse cérébrale froide et totalement autocentrée, déprimante. Pour finir sur une note positive, son écriture précise est belle et sa perception de la société d’avant 1968 intéressante.